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La Tragédie, pour faire souffrir les gens!



Héros et héroïnes de séries télés souffrent, beaucoup, souvent, mais gagnent toujours à la fin! Dans Comme à la télé… la souffrance est également bien là, la certitude de victoire en fin d’Épisode beaucoup moins!

Lorsqu’un personnage doit subir les actions d’un ennemi et que survient un différentiel de 5 points en sa défaveur, un Drame survient. Il s’agit d’un jeton noir bloquant l’une de ses trois capacités et lui infligeant un malus de -4. Deux Drames infligés à un même personnage dans un même Épisode amène une Tragédie, souvent une mort tragique, ou plus précisément, la mise à l’écart du héros ou de l’héroïne jusqu’à l’Épisode suivant. Tragédie = Mort… Mais l’univers des séries s’accommode plutôt bien de cette fatalité, et hormis durant une Saison, où ils pourront être frappés par une Grande tragédie, les personnages devront se consacrer à leur retour fracassant de l’Épisode suivant!

Le Arrowverse, amours et crossovers!


Bon, gros morceau que ce Arrowverse, regroupant l'ensemble des séries de la chaîne CW, tirées d'une multitude de comic books de chez DC comics! On en pensera ce que l'on veut, mais ce regroupement de séries connectées offre l'un des plus vastes et riche sérivers connu, équivalent dans ce format du gargantuesque Marvel cinematic universe. Bon alors d'accord, c'est très mauvais, les personnages sont monolithiques, les scénarios toujours les mêmes, l'ensemble suinte de bons sentiments venant directement du service marketing, nous dirons pour être aimable que les effets spéciaux sont rapidement bouclés. Oui, tout cela est vrai. Malgré tout, le Arrowverse offre un très joli cas d'école pour nous pencher sur de nombreuses techniques scénaristiques, celle du crossover n'étant pas des moindres! 

Je ne vais pas vous faire l'historique du Arrowverse, qui logiquement démarre avec l'adaptation de Green arrow en 2012, rajoute Flash en 2014, Vixen en 2015, puis Legends of tomorrow, l'intégration de Supergirl, transférée de chez CBS, et l'arrivée de Batwoman. Bref, beaucoup de héros et héroïnes, beaucoup de saisons pour développer un univers excessivement riche, et une quantité conséquente de télévision à ingurgiter. Tout cela pour des résultats pour le moins mitigés, il est vrai, mais tant bien que mal, ces séries évoluent de manière assez classique, accumulant chacune des personnages, des arcs narratifs, ainsi que du fonds. Les crossovers sont annoncés longtemps en amont, afin de préparer les fans, ils s'appuient toujours sur des comic books ayant fait de grosses ventes, et s'amorcent à travers les cliffhangers des séries impliquées. Même si la qualité et l'ampleur de ces évènements restent très en-deça du matériau de base, évidemment pour des raisons budgétaires, ils n'en sont pas moins des pivots affectant généralement la trame de l'ensemble du Arrowverse, et offrent autant d'occasions de renforcer une certaine mythologie, très populaire aux US. Concrètement, malgré des traitements un peu légers, les crossovers du Arrowverse donnent vie à tous les grands arcs narratifs de ces dernières décennies, et même traité par CW, quelque chose comme Crisis on infinite earths résonne dans l'imaginaire de toutes et tous les fans de comic books.

Le panthéon DC à la sauce CW
Ok, avant d'aborder les crossovers du Arrowverse, deux ou trois mots concernant la transcription des héros et héroïnes mythiques de chez DC comics dans des séries clairement destinées aux teenagers. Avant tout, il y a des romances. Pleins. Tout le temps. Le dosage se doit d'être subtil, une belle histoire pleine de drames, de tensions et d'émotions pouvant rapidement basculer dans la plus absurde mièvrerie. Et j'avoue que dans le Arrowverse, la bascule est trop souvent faite. La faute, entre autre cause, à un rythme trop rapide. Le cahier des charges doit être excessivement difficile à gérer, les crossovers rassemblant les plus gros taux d'audience, il faut amener toutes les séries au même point à une période donnée, tout en donnant de la consistance aux différents protagonistes. Car oui, individuellement, les séries de CW se ressemblent toutes dans leur structure narrative, les épisodes se suivent et se ressemblent, mais il y a malgré cela des fulgurances passant pour honnêtes, des émotions poignantes rattrapant presque à elles seules des shows autrement sans grand intérêt. 
La formule des séries CW est bien rôdée, jouant sur le fan service avec des personnages ou des équipes mythiques, comme l'apparition de la Justice society of America ou des membres de la Légion. Le soufflet retombe généralement bien vite, mais il faut bien admettre que pour les passionné.e.s de l'univers DC, de telles annonces titillent la corde sensible. Je n'en ai clairement pas une très bonne opinion, mais il me faut admettre que la formule choisie par CW est bien raccord avec la tentative de DC de s'offrir la création d'un véritable panthéon mythologique sur grand écran. Les fameux crossovers permettent d'ailleurs de magnifier les personnages durant des arcs majeurs, et en ce sens, le Arrowverse réussi à nous présenter des moments épiques, des affrontements entre des êtres pratiquement divins, voir même quelques instants de tension dramatique tout à fait plaisant.
Ce côté dramatique, qui aurait dû caractériser DC dans ses tentatives cinématographiques, se dilue tristement dans de l'ordinaire chez CW, il faut cependant bien reconnaître qu'il est bien présent, donnant une raison de s'intéresser à son cas.



Le Crossover super-héroïque
Technique scénaristique impliquant la convergence d'arcs narratifs d'ordinaire sans lien, tournant autour d'antagonistes parfois adversaires, parfois parfaits étrangers, le crossover est depuis longtemps devenu une tradition dans l'univers des comic books, et se transpose ainsi très bien dans les sérivers, particulièrement ceux des amateurs et amatrices de slip par-dessus les vêtements. Oui, la série Defenders de Netflix/ Marvel est bien une tentative de crossover entre leurs héros et héroïnes, mais cet autre rassemblement de personnages s'est encore plus enlisé, scénaristiquement parlant, dans une sorte de marasme particulièrement désagréable, avec en prime une annulation de ses shows, pour cause de Disney.
Dans le Arrowverse, la notion de crossover a rapidement vue le jour, impliquant une rapide multiplication des personnages tirés des comic books, cela afin de pouvoir offrir un équivalent en terme d'envergure et de narration épique. Oui parce qu'un Crisis on infinite earths avec seulement Green arrow et Flash, c'est plutôt léger. L'arrivée des Legends of tomorrow libère d'ailleurs des moyens et accroches pour tenter des choses de plus en plus ambitieuses. Malgré des moyens limités, ou mal employés, le Arrowverse devient une énorme machine dont tous les arcs prévoient dès le départ de converger vers ces évènements marquant, qui ramèneront d'entre les morts personnages secondaires et méchants, bouleverseront la trame du Temps, et provoqueront ruptures ou réconciliations. Oui car je le rappelle, le Arrowverse est à 50% composé de romances compliquées, à 50% de fin du monde, et à 10% de choses épiques. La formule est servie par la majorité des chaînes continuant à proposer des saisons à rallonge de leurs séries, préférant la mobilisation de leur audience sur de longues périodes plutôt que sur des arcs plus courts, concentrant le drama et l'intensité. C'est regrettable, en particulier pour le genre super-héroïque qui tourne très vite en rond avec ses personnages monolithiques et l'unique solution à leur disposition; la bagarre. Mais encore une fois, le Arrowverse de CW a fait du crossover sa spécialité, amenant l'ensemble de ses castings vers des évènements cataclysmiques, à coup de grandes annonces et d'introduction de personnages mythiques provenant des pages de comic books. Oui, la chaîne dispose d'un vivier pratiquement illimité pour nourrir son vaste univers étendu, et sait parfaitement bien s'en servir, se permettant même de surfer sur les tendances, comme en ce qui concerne l'introduction de Batwoman. Le network aura d'ailleurs l'intelligence de ne pas commettre la même erreur que DC face au succès des films du MCU, cherchant à imiter sans succès une formule inadaptée à leurs héros et héroïnes. Le Arrowverse est souvent très kitch, mais possède son identité propre, avec ses versions de toutes les grandes figures mythologiques, comme Superman. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, les crossovers cimentent ce vaste ensemble, le nourrissant de tensions dramatiques et de méchants tellement méchants!



Le cold open, un préambule utile


Coucou les sérivores! L'ouverture à froid, plus communément nommée Cold open, est une séquence pré-générique employée pour diverses raisons, cela depuis les années 60. La plupart du temps, elle propose un résumé des épisodes précédents, bien utile pour les feuilletons et autres sagas. Un Cold open est de plus employé comme introduction à l'intrigue se développant durant l'épisode en cours, avec par exemple une présentation d'un personnage introduit par la suite, comme une sorte de mini origin story, amenant plus facilement à l'attachement. Enfin, le Cold open peut aussi ouvrir l'épisode avec une scène, une présentation et se terminer au début du générique par un pic dramatique. Deux choses se produisent ensuite; Soit l'épisode démarre dans le prolongement de son cold open, soit ce dernier montrait simplement une séquence du milieu d'épisode, qui sera ensuite reprise avec son développement. 

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Et donc, comment intégrer un Cold open dans Comme à la télé? Rien de plus simple. Soit, il pourra s'agir d'une présentation de la situation initiale, présentée oralement par le/la Metteur en scènes, permettant de saisir immédiatement les enjeux, et plongeant les participant.e.s dans l'action. Soit il sera intéressant de présenter un antagoniste, peut-être encore inconnu des protagonistes, ou alors une vieille connaissance aux motivations toujours floues, mais à une autre époque. Encore mieux, les participant.e.s ne devraient pas avoir l'opportunité de saisir que cette présentation d'un personnage a priori inconnu concerne une connaissance. Ce n'est qu'en dosant les informations - un nom de lieu, de parent de l'antagoniste - qu'ils et elles devront avoir la puce à l'oreille. L'intérêt d'un tel cold open sera une mobilisation de l'attention du groupe, qui ignorera à quel moment apparaîtra le personnage concerné, ou s'il a déjà été rencontré. 

Bien entendu, le/la Metteur en scènes pourra également laisser tout le travail du cold open à un.e participant.e.s! A chaque début d'épisode, la narration d'introduction sera ainsi assignée à une personne différente, encore une fois, en vue du développement de celui-ci, ou d'un autre, en lien avec des éléments qu'il ou elle souhaitera intégrer dans l'épisode. C'est un exercice que je ne recommande bien sûr pas à des novices, pouvant se perdre dans un tel développement, mais lorsqu'il s'agit de créer une série CàlT en narration partagée, le cold open devient un outil stimulant, pouvant permettre une appropriation du développement initial par tout le groupe. 

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Vous connaissez toutes et tous des cold open, très courants aussi bien dans les soap que dans les séries fantastiques, voir même dans les journaux télévisés, où est présenté un sommaire. Pour les séries, ils permettent de donner le ton, de dynamiser en préparant des éléments de suspense. Et dans la majorité des films américains, ils sont désignés comme des scènes pré-génériques - celles ouvrant tous les James Bond, par exemple! 


Animal kingdom, la famille dysfonctionnelle

 


Coucou les sérivores! Allez, attaquons tout de suite un gros dossier; La famille! Une valeur importante que nous vendent les séries américaines, et qui comme d'habitude, peut rapidement plomber un show lorsqu'elle n'est pas bien amenée, servant de prétexte à tout et n'importe quoi. Pour nous pencher sur le thème, j'avais pensé à Dallas, mais la série, même dans sa dernière mouture, ne doit pas trop vous parler. Je vous propose donc de voir tout ça avec la série de Jonathan Lisco, inspirée du film australien de David Michôd, également producteur ici. Elle est diffusée sur TNT - pas la nôtre, celle de Ted Turner - et la cinquième saison vient tout juste d'arriver. 

Alors, pour résumer Animal kingdom. Nous allons suivre Joshua, jeune homme brillant venant de perdre sa mère, victime d'overdose, et étant mineur, devant aller vivre chez sa Grand-mère Smurf, incarnée par une Helen Barkin vénéneuse à souhait. Il rencontre la fratrie Cody, ses oncles perturbés et vivant dans un monde un peu violent. Très vite, il comprend que Smurf est la matriarche d'un gang familial trempant dans une multitude d'affaires louches, il se laisse lui aussi tenter par cette existence et cherche à se venger de sa grand-mère, ayant laissée sa fille basculer dans la drogue. Et nous voici donc partit sur plusieurs saisons enchaînant les braquages foireux, les fusillades et trahisons, le casting principal se voyant régulièrement entouré de seconds rôles amenant du drama, et permettant d'approfondir le passé des personnages, grâce à de bons vieux flashback.

Animal kingdom possède ainsi une forme très classique, avec des arcs menant à des cliffhangers ramenant à des status quo, mais elle se démarque par son noyau dur, la famille, servant de ciment à toutes les relations que nous pourrons croiser au long du show. Bien entendu, il y a Smurf, qui intrigue, manipule et assassine quiconque voudrait lui prendre ses enfants, cela inclus les petites copines, les amis proches ou les agents fédéraux. Tout le monde meurt en se heurtant à la matriarche. Mais plus encore, les frères Cody ayant été élevés dans cette ambiance sordide, lorsqu'ils apprennent les manigances de leur mère, le plus souvent, ils finissent par les accepter! Joshua, nous servant de point de vue extérieur, tente de résister à cette emprise, mais se laisse tenter lui aussi. 

En tant que sérivers pour CàlT, Animal kingdom représente une potentialité énorme. Pour les protagonistes, incarner les membres d'une famille, aussi dysfonctionnelle soit-elle, permet de créer un lien puissant, on le retrouve un peu, mais souvent mal géré, dans Supernatural avec les frères Winchester. Un lien transcendant les trahisons, n'empêchant pas les haines et au contraire, les fortifiant. Malgré tout, au final, les membres de la famille se retrouvent, s'évitent le pire, mais ne cessent jamais de se faire du mal. Dans une telle configuration, intégrer la famille est un grand privilège, rare et empoisonné, indiquant également que les nouveaux arrivants pourront réchapper au funeste destin des étrangers au cercle. Nous pourrions aller jusqu'à imaginer un élément Famille (◎◎) permettant d'appeler un avantage/ Désavantage sous la forme d'un parent éloigné, amenant son aide mais rajoutant aux soucis du groupe. Idem pour les antagonistes, formant eux aussi une famille soudée, devenant alors de redoutables adversaires, car liés par de plus grandes motivations qu'un individu solitaire. La Famille devient un enjeu central du sérivers, influençant chaque épisode, amenant des vendetta sans fins, des besoins de rédemption, des manipulations pour étouffer ces derniers. 

Animal kingdom est une série intéressante, ancrée dans une réalité faite de gangsters, de violence, mais faisant aussi la part belle au drama, concentré ici dans l'affect dont sont privés les frères Cody, et leur besoin d'être manipulés/ aimés par leur mère. Au final, comme n'importe quel conditionnement instillé par un bête programme MK Ultra de la CIA, les gros durs sont dépendants de Smurf et lui passent toutes ses intrigues, incapables de s'en éloigner. Leur pire antagoniste est ainsi celle gouvernant leur vie. Une notion fascinante, que je vous encourage à éprouver dans vos sérivers! 



Mettre du James Gunn dans son sérivers!

 


Coucou les sérivores! Comme je prépare une adaptation de l'adaptation des Gardiens de la galaxie, par le réalisateur et scénariste James Gunn, je me suis dis que, pourquoi ne pas tenter de proposer d'injecter son style dans d'autres sérivers, et aller vers quelque chose de plus générique - oui les râlistes, je sais que vous n'aimez pas ce mot - voici donc mon approche du style Gunn, pour Comme à la télé! 

De prime abord, nous allons partir du postulat que James Gunn se concentre sur des réalisations très punchy, avec des constructions pas trop finaudes et des genres parlant essentiellement aux grands enfants. Les adorateurs de la filmographie Scorcese n'entendront probablement jamais parler de lui, ceux de Nicolas Winding Refn feront une syncope, bien que certains aspects du style Gunn puissent les interpeller. Bref, c'est du cinéma populaire, le terme n'est pas du tout péjoratif et indiquera plutôt un rythme rapide tout du long, des personnages peu développés mais particulièrement attachants, grâce à un jeu émotionnel lui non plus pas vraiment en finesse, mais fonctionnant très bien. L'ascenseur émotionnel est en effet une technique suremployée par James Gunn, caractérisant son style par ce biais. 

Alors comment appliquer cela dans un sérivers? Ma foi, c'est plutôt simple, bien que cela s'éloignera des habituelles constructions d'épisodes comme nous avons l'habitude de les voir. Avec du James Gunn, il faut aller vite, tout le temps, et ne ralentir que pour placer une punchline ou plus généralement, une séquence-émotion. On voit plutôt cela au cinéma, car mettre en place de telles séquences implique généralement des moyens techniques rarement disponibles sur une série. En jeu de rôle, tout étant possible, il est donc parfaitement judicieux de lancer un long plan-séquence et de démarrer un épisode autour d'une poursuite, se focalisant sur les différents protagonistes, leurs points de vue d'une même scène, avec les autres participant.e.s incarnant pour l'occasion antagonistes ou seconds rôles. Pas le temps de niaiser, comme on dit, et les scènes devront êtres hachées, c'est-à-dire entrecoupées d'interventions du metteur en scène qui devra ajouter de nouveaux éléments propres au genre de la poursuite. L'idéal est de mettre un chrono en place, aux yeux de toutes et tous, pour changer rapidement de protagoniste en formant une suite logique d'enchaînements. 


Le style James Gunn est loufoque, avec des personnages bien dérangés, comme Crimson bolt et Boltie, les protagonistes de son film Super, incarnés par Rainn Wilson et Eliott Paige. On se prends à avoir pitié pour eux, et si leurs actions de justiciers sont parfaitement répréhensibles, le rythme rapide et violent nous permet de voir plus rapidement leurs fêlures et "d'adhérer" à leur cause. C'est grossier, mais cela fonctionne souvent. On retrouve cette combinaison du rythme et du pathos dans Guardians of the galaxy, ou les marottes super-héroïques et même tentaculaires du réalisateurs se cristallisent avec beaucoup de dynamisme, et l'introduction rapide des fêlures de chacun et chacune. Et vous me direz que c'est un peu pareil dans le cinéma de Joss Whedon, ce qui n'est pas faux pour ces derniers films, mais où la combinaison pathos/ rythme rapide tombe régulièrement à plat. Chercher la bonne punchline au moment opportun est difficile, réduire la courbe de l'ascenseur émotionnel annule l'effet recherché, et à mon avis, mieux vaut suivre le style Gunn et ne pas enchaîner trop vite une belle scène émotionnelle avec un effet comique, je pense qu'il n'y a rien de pire. 

Concernant d'éventuelles modifications des règles de CàlT, le style Gunn impliquerait de probablement faire bien moins de mises durant des scènes dynamiques, celles pendant lesquelles les protagonistes vont se déplacer, la demande d'une mise doit correspondre à une scène précédent un moment dramatique ou un effet comique, voir même amener l'un de ceux-ci avec un léger décalage. L'idéal je pense serait, juste après une scène dramatique, de faire une ellipse. Comme souvent, le plus compliqué sera d'intégrer la comédie dans le sérivers, le dosage est nécessairement subtil, même pour du James Gunn. Je pensais plutôt à quelque chose autour de la phrase-choc des protagonistes, à la modifier en un gimmick comme une habitude étrange ou un comportement anormal, élargie un peu la notion de récurrence, plus seulement aux mots. Pourquoi pas d'ailleurs envisager une récompense en (◉) lorsque ce gimmick amène à un pic de l'ascenseur émotionnel.  

Je m'arrête là, même en ayant deux ou trois autres réflexions concernant ce style totalement cinématique pouvant être intégré dans un sérivers pour CàlT! Si vous avez des questions, des remarques ou des idées venant nourrir cet article, n'hésitez pas à laisser des commentaires! 

The Expanse, un sérivers pour CàlT!

 


Coucou les sérivores! Alors oui je sais, il existe déjà une version jeu de rôle dans l'univers de The Expanse, par Steve Kenson, éditée par Green ronin publishing et utilisant leur système AGE. J'avais par ailleurs envisagé une adaptation avec le système FATE Accéléré, mais toi-même tu sais, frétillant.e sérivore, Comme à la télé est là pour offrir quelque chose de léger en terme de règles, mais aussi de mise en place, et surtout, sert à ouvrir de plaisantes sessions avec un minimum de matériel, ce qui - tu en conviendra, délicat.e sérivore - est tout de même bien plus commode que de se trimballer de beaux livres épais, sur lesquels renverser du café et des miettes de chips est difficilement envisageable. 

Et voici donc le sérivers The Expanse, pour CàlT!

Tout d'abord, un rapide tour d'horizon de ce qu'est la série, depuis peu transférée sur Amazon Prime. Adaptée d'une série de romans de SA Corey, pseudonyme derrière se cachent les auteurs Daniel Abraham et Ty Franck, the Expanse nous emmène deux siècles après nous, dans un système solaire en train d'être colonisé selon les bonnes vieilles recettes de l'impérialisme occidental; Peuples opprimés exploitant des ressources ensuite rapatriées vers la Terre ou Mars, les deux superpuissances d'alors, se préparant évidemment à la guerre. C'est dans ce contexte très classique donc que vont se construire différentes intrigues, avec en ouverture un mélange des genres polar et hard-sf, plutôt intéressant et vraiment bien adapté dans la série, qui finie par virer à un space opera ou se mélangeront intrigues politiques, course à l'armement, et relations sentimentales, l'ensemble servi par un casting irréprochable et des personnages forts. 

La Fratrie
Qu'ils et elles soient les membres d'équipage de votre vaisseau spatial, vos frères et sœurs d'armes dans le MMC (Martian Marine Corp) ou encore des rock-hoppers, minant avec vous les astéroïdes de la Ceinture principale, ce sont vos camarades, les seul.e.s en qui vous pouvez avoir confiance au sein de cette immensité qu'est le système solaire. Ils pourront être incarnés par les autres participant.e.s ou bien être physiquement éloignés de vous, mais toujours dans votre cœur. La Fratrie est un élément essentiel dans The Expanse, qui nous dépeint des sociétés froides, au bord de l'effondrement, déchirées par les problématiques sociales que nous connaissons bien, amplifiées par une nouvelle phase de colonialisme belliqueux, doublé d'une guerre froide se réchauffant rapidement. Les membres de la Fratrie seront aussi forts que vous-même, c'est la condition pour survivre dans cet environnement mortel, ils seront d'ailleurs les seuls à pouvoir partager avec vous des ◉, et pourront braver les dangers comme les distances afin de vous secourir.
Dans le cas d'un groupe de participant.e.s formant une Fratrie, nous pouvons envisager une notion de synergie empathique, permettant des partages de Spécialités au ration de ◎:◎, afin de mettre en avant la force du groupe, mais également son isolement au sein d'un sérivers plutôt hostile. Cela ne signifie pas que les partages de Spécialités sont restreints, mais ils pourraient par exemple coûter ◎◎◎:◎, pour montrer combien les humains peinent à s'entraider en-dehors de leur Fratrie. Je pensais à une réflexion de Anderson Dawes, superbement incarné par Jared Harris, qui disait à Miller que tous les belters étaient ses frères et sœurs. J'imaginais le pouvoir de ce personnage, disposant d'une Fratrie forte de plusieurs milliers d'individus.


Les grandes forces

Un autre élément intéressant, et plutôt classique dans les sérivers de science-fiction, est la prédominance de grandes puissances, disposant de ressources écrasantes, d'attitudes hégémonistes et ne trouvant rien de mieux que poursuivre le grand plan de l'Humanité, consistant à s'auto-détruire. Ici, nous avons donc
UN, toujours pour United nations et contrôlant les formidables ressources de la Terre, ainsi qu'une grande part de la technologie spatiale, s'opposant plus ou moins ouvertement à MCR, pour Martian Congressional Republic, sur Mars donc. Au milieu de toutes les tensions possibles entre ces deux blocs se trouvent les belters, exploités par les uns comme par les autres, contraint de fournir l'essentiel des ressources primordiales au développement de leurs oppresseurs. Du côté des Nations-Unies, nous trouvons une sorte de vaste assemblée dominée par un appareil administratif tentaculaire, mais clairement dominé par les officiers de la flotte spatiale. Un ou une Secrétaire-général prends les décisions, c'est de la politique comme nous la connaissons aujourd'hui, avec magouilles, intérêts personnels et usage abusif de la force. 

En face, nous avons un gouvernement martien tourné vers un plan global de terraformation de la planète. Toute l'économie, toute la société, semble mobilisées autour de ce projet s'étalant sur plusieurs générations, et nous découvrons plus tard avec le passage au genre du space opera que les infrastructures planétaires seront finalement abandonnées, les jeunes générations martiennes préférant migrer vers de nouveaux mondes habitables plutôt que de se sacrifier pour créer le leurs. La société martienne est présentée comme militariste, avec une saveur Fédération Russe actuelle, mais sans leader notable. Sa technologie n'est présentée qu'à travers la puissance de ces vaisseaux spatiaux et, surtout, son corps de marines, équipés d'exosquelettes blindés et lourdement armés. La série à cependant le bon goût de ne pas montrer cet ersatz d'URSS comme LE méchant du show, au contraire d'ailleurs, à plusieurs reprises, les diplomates de MCR font valoir des solutions pacifiques face à l'agressivité de leur ennemi. 


Enfin, nous avons
OPA, pour Outer planets alliance, une coalition de clans belters finissant par former une troisième force politique et militaire au sein du système solaire, pour peu après être emportée par les évènements de la saga. Puisant dans les grands mouvements contestataires d'époques que nous connaissons, l'organisation de l'OPA est déchirée par des luttes de pouvoir interne, entre de grandes figures charismatiques comme Anderson Dawes et Fred Johnson, mais également par des tensions entre ses clans, qui provoqueront l'émergence de Marco Inaros. Sans réelle structure, contrainte par les problématiques logistiques liées aux immensités de vide, l'OPA est toujours montrée comme un ramassis de pirates opportunistes, sans foi ni loi, profitant de la moindre occasion pour trahir les leurs. Une tendance différente se dessine autour du Behemoth, transformé en station-relais, et sous le commandement de Camina Drummer, mais tout cela n'a qu'un temps, et dépendra finalement toujours du bon vouloir des autres grandes forces. En terme de narration cependant, les belters et l'OPA occupent une place centrale, car ce sont eux les opprimés, celles et ceux possédant une culture purement spatiale, un dialecte hérité du créole et des coutumes les différenciant grandement des martiens et des terriens. C'est le mépris de ces derniers envers cette humanité différente, en train de s'adapter aux conditions de l'espace, qui donne le rythme, bien plus encore que toutes les grandes batailles et les discours pompeux.


Un peu de space opera
Avec son verni de hard-sf, the Expanse s'éloigne grandement des Star wars et autres show à grand spectacle. Ici, la technologie est proche de ce que nous connaissons, les affrontements spatiaux se font à des vitesses folles, avec des armes à très longues portées, et la fameuse propulsion Epstein, permettant d'accélérer à des vitesses utiles pour rallier les mondes du système solaire, implique l'injection d'un jus pour supporter les g. Mais s'affranchir des codes du space opera fait probablement perdre une trop forte audience, alors nous découvrons des vaisseaux avec de jolis design, des combats à la gorge et surtout, la Proto molécule, MacGuffin excellent devenant l'outil de l'Antagoniste, avant d'échapper à son contrôle pour aller croître en phagocytant Vénus, avant de traverser le système solaire et ouvrir une porte spatiale vers un au-delà à la Stargate. Tout cela est très classique, mais vraiment bien intégré dans l'environnement politique tendu. Amenant de nombreuses interrogations, la proto-molécule devient rapidement un outil ordinaire et pratique, que des humains toujours aussi insouciants utilisent afin d'assurer leur prédominance.
J'avoue ne pas ressentir le besoin de développer cet aspect du sérivers, tant il est communément employé dans à peu près toutes les séries à tendance sf et fantastique. L'introduction d'un élément alien doit cependant être bien dosé, et dans the Expanse, le moindre emploi de la proto molécule à des effets dévastateurs et néfastes, souvent à grande échelle.  


Du drama, du drama, du drama!
The Expanse se caractérise à mon sens par son ampleur épique, qui ne transparaît pas de prime abord, étant compensée par la sensation d'enfermement et d'isolement des individus au sein de stations et de vaisseaux. Chaque arc narratif amène cependant de profonds changements au sein des sociétés du système solaire, et la montée en puissance de l'élément space opera ne fait qu'amplifier la menace extérieure, propre à éradiquer l'Humanité en un flash bleuté. Durant des sessions de Comme à la télé, il sera bien entendu difficile de restituer cette sensation d'écrasement, face à laquelle les actions d'une poignée de héros et héroïnes sembleront ne rien peser. 

Je suggère de maintenir la pression tout du long de l'épisode, voir, démarrer déjà au cœur de l'action, avec par exemple une poursuite de votre coque de noix belter, traquée par une patrouille martienne en train de tirer ses missiles à 10 000km de là. Dans the Expanse, vous ne pourrez compter que sur les membres de votre Fratrie, toute autre rencontre se terminera probablement par une trahison, ou l'apport de complications supplémentaires. C'est un univers froid, dans lequel des ressources comme l'eau ou l'air sont difficiles à obtenir, il ne faut pas hésiter à créer de l'attachement avec des seconds rôles, pour mieux les éliminer en appuyant sur l'impuissance des personnages. On le voit dans la série, même les victoires sont amères, et l'aiguille de votre boussole morale toujours en mouvement.

La Mort, et les come-back dans CàlT!




Dans de nombreuses séries, qu'elles soient tournées vers la comédie ou le drame, la mort est un puissant outil permettant de marquer durablement un épisode, un arc narratif, voir l'ensemble d'une trame. Bien entendu, il est également possible d'en faire un élément secondaire et négligeable, mais ce serait se priver d'un levier important pour instiller l'émotionnel dans vos épisodes. 

La mort d'un personnage, ou d'un élément-clé, se produit lorsque sa valeur d'Action est dépassée du double de sa valeur (●●≧Ⓞ) durant une scène. Le cas doit rester rare et profiter à l'ambiance de l'épisode. Une valeur d'Action dépassée par le triple de sa valeur (●●●≧Ⓞ) entraîne une mort définitive - sauf cliffhanger de fin de saison, que nous aborderons plus loin - autrement, il est toujours possible de revenir en opérant un come-back dans un épisode suivant.
Cette notion de retour n'est cependant pas sans conséquence; Le metteur en scènes devra en effet augmenter tous les paliers de difficulté de +1 et recevra 5● supplémentaires afin de disposer d'une adversité conséquente. Ces atouts sont attribués uniquement pour le temps de l'épisode du Come-back. 


Je le répète, la mort d'un personnage ou d'un élément-clé ne doit pas être anodine. Nous voyons bien en effet qu'un retour mal géré peut détruire toute la cohérence d'un récit. L'exemple de la mort pas terrible de Bobby Ewing, dans l'ancienne mouture de Dallas, puis le retour de l'acteur sur le show car "tout ceci n'était qu'un rêve", cela ne fonctionne pas bien. Même si les règles de Comme à la télé assurent presque toujours un possible retour, l'intensité dramatique de l'ensemble prime avant le décès face à un test échoué, pire encore, pour le simple plaisir d'un metteur en scènes cherchant à contrôler son petit monde. Priorité au récit et surtout, à l'amusement de tout le monde.

A contrario, un usage expéditif de la mort peut poser les bases de tout un arc narratif, comme dans la série the Shield par exemple. La disparition d'un élément-clé dès les premiers épisodes ouvre des perspectives intéressantes, tant pour le metteur en scènes, qui construira dès lors son récit autour de cette mort marquante, que pour les participant.e.s, dont les personnages voudront probablement se venger, tout du moins comprendre les raisons de cette mort. L'outil est ainsi employé à pleine puissance, pour laisser une marque et donner un ton. Attention toutefois à bien réfléchir sur cet usage, qui pourra ne pas correspondre à tous les formats. 

On le voit souvent dans bien des sérivers, les morts reviennent, et pas seulement en version Walking dead. Un personnage officiellement mort, avec témoins et explosion pyrotechnique, revient en finalité d'arc narratif, ce que l'on nomme le Cliffhanger, pour apporter informations, débloquer la situation autrement insurmontable, et passe souvent pour un Deus ex machina. De telles situations surviennent en cas de mort définitive d'un personnage, et implique pour l'épisode suivant une augmentation des paliers de difficulté de +2, et l'intervention d'un antagoniste majeur contre le groupe, sans dépense de jetons noirs pour le metteur en scènes.

Voici donc une manière d'appréhender la mort des personnages dans CàlT. N'hésitez pas à me faire part de vos avis, suggestions et commentaires éclairés à ce sujet!

Le décor, un terrain de jeu à utiliser!


Nous avons récemment abordé le principe de la narration partagée, dans un article par ICI, mais j'imagine qu'inciter les participant.e.s à prendre les rênes de l'épisode implique d'aborder un peu l'environnement qu'ils et elles vont percevoir. La frontière entre agentivité utile et grand n'importe quoi reste ténue, rattraper des exagérations ou des éléments pouvant aller contre la cohérence du sérivers s'avérant ensuite excessivement complexe.
Si la série télé sur laquelle est basée ou inspirée l'épisode est connu, il vaut mieux toujours faire le point afin que chacun.e dispose des mêmes informations. Le metteur/ metteuse en scènes se doit de replacer l'époque et les références communes, et vis-à-vis du sérivers lui-même, de positionner les participant.e.s dans la chronologie. A partir de cette base, la majorité des situations déclenchées par les participant.e.s devraient plus ou moins bien tourner, il faut néanmoins prendre en compte l'inattendu, et maintenir à tout prix une cohésion interne à l'environnement. Il faut malheureusement s'appuyer uniquement sur la bienveillance des participant.e.s, qui voudront ou non jouer le jeu.

Lorsque je mentionne l'utilisation du décors par les personnages, vous penserez probablement au système des aspects dans FATE (et sa multitude de déclinaisons), qui offre l'opportunité de transformer chaque élément environnant en un outil utilisable. Dans CàlT, l'usage du décors se traduira plus simplement par des ajustements sur la difficulté associée à une action précise. La narration primant avant la technique, ce sera au metteur/ metteuse en scènes d'équilibrer et rationaliser l'emploi du décors par les participant.e.s, qui devront pour leur part garder à l'esprit que cette possibilité variera d'un sérivers à l'autre.


Les ajustements associés au décors ne devront normalement pas dépasser les +2/ -2, cela dans des sérivers ancrés dans une certaine réalité proche de la nôtre. Dans Sense 8 par exemple, malgré leurs capacités extraordinaires, les personnages sont liés à nos paradigmes, Nomi peut ainsi utiliser un vélo mais celui-ci ne lui permettra aucune prouesse particulière, idem pour la voiture qu'elle ne sait pas conduire, mais que seul le talent de Capheus permettra de manœuvrer. A contrario, dans des sérivers plus éloignés de notre réalité, comme celui de Lost room, les participant.e.s pourront laisser leur imagination ramener à eux des atouts bien plus intéressants, allant jusqu'à des Objets dont ils et elles pourront inventer les capacités (présumées) sur le moment. Libre au metteur/ metteuse en scènes d'ajuster cette introduction d'un nouvel élément-moteur à la trame.

On le voit bien, espérer avoir du contrôle sur l'usage du décors par les participant.e.s s'avère rapidement chose ardue. Si l'utilisation d'objets courants sera facilement limité par l'attribution d'un ajustement de +2/ -2 au maximum, il en ira autrement d'un emploi plus conséquent, comme prendre le contrôle d'un engin blindé et traverser, littéralement, tout le décors. L'idée dans CàlT étant de créer une histoire en partageant nos imaginations, chacun.e se devra de prendre en compte les problématiques que pourraient éventuellement rencontrer les autres participant.e.s, et pas seulement le metteur/ metteuse en scènes.

Au final, laisser les participant.e.s employer le décors à leurs propres fins s'avère également être un élément à expliquer en amont, en même temps que les paradigmes associés au sérivers. D'un côté, les participant.e.s devront bien appréhender leur nouvelle liberté, mais le metteur/ metteuse en scènes aura également pour tâche d'accepter de lâcher un peu de son contrôle sur l'environnement, se plaçant dans une position d'incertaine.


Les éléments comiques dans CàlT



Bien trop souvent, en tant que metteur ou metteuse en scènes, nous allons chercher à élaborer des intrigues complexes, à nombreux tiroirs, avec des ressorts dramatiques puissants, en mesure de perturber nos participant.e.s. Et si cette démarche initiale est évidemment incontournable, il n'en reste pas moins que des éléments de comédie apportent toujours de précieux déclencheurs, guident le groupe vers des rebondissements inattendus, désamorcent des tensions... Pour les amplifier encore plus la scène suivante. 

De ce que j'ai pu observer ces dernières années, jouer des personnages comiques, qu'ils soient loufoques ou plus simplement, ridicules, n'est pas si simple que cela. C'est cependant une erreur que de se passer du rôle de bouffon, même dans les sérivers les plus sombres, ce dernier amenant en effet une note dissonante, permettant aux participant.e.s de s'évader, même brièvement, de scènes trop intenses, ou d'employer à leur avantage ce qui peut très bien devenir un atout dans leurs petites affaires. Mes camarades de jeu, depuis quelques décennies maintenant, savent qu'ils et elles peuvent compter sur des rencontres de ce genre, et les utiliser à leur convenance. 

Au cœur de sérivers comme celui de the IT crowd par exemple (voir l'article ICI), les éléments comiques donnent un rythme se devant rapide, guidant le groupe d'une scène à l'autre sans laisser le temps de reprendre son souffle. C'est le principe de la comédie; Enchaîner les séquences absurdes, pour maintenir le plus longtemps possible les participant.e.s dans un état de détente. Une telle technique ne s'improvise pas - sauf si vous êtes humoriste, éventuellement - elle nécessite de la rigueur et permet, soit de faire un break entre deux scènes dramatiques, soit au contrainte d'abaisser la vigilance du groupe pour repartir très fort sur une scène-clé puissante. Attentions aux ruptures, le dosage est primordial et surtout, la remontée comédie ↗ drame doit être maîtrisée par le metteur/ metteuse en scènes. Pour bien appréhender ce rythme particulier, que le tonton de chacun.e est persuadé de maîtriser lors des repas de famille, je vous recommande la lecture de Beating the story, par Robin D Laws (ICI). Un ouvrage qui décortique entre autre chose les changements de rythmes, les brisures et autres techniques narratives adaptées au et du 7ème art. 


Le personnage absurde, pour sa part, est pour moi essentiel dans CàlT. Il permet de rassurer les participant.e.s sur le fait que le sérivers est un environnement compréhensible, abordable, et surtout qu'il leur est possible d'agir sur sa population. Principale porte vers l'interaction forte que je recherche, le bouffon détend l'atmosphère et permet au metteur/ metteuse en scènes d'offrir une prise de confiance plus rapide aux novices. Vous l'aurez compris, c'est à mes yeux l'outil le plus puissant dans les sessions-découvertes de Comme à la télé. 

Attention cependant, le personnage absurde doit le rester jusqu'au bout. Ce n'est pas une sorte de Mulet machiavélique se dissimulant sous des traits anodins. Il faut en effet bien distinguer le bouffon du traître, qui appartient à l'aspect dramatique et peut en effet posséder plusieurs masques. Ici je mentionne plutôt un réel idiot, employé comme outil de mise en confiance, débloquant des situations autrement complexes. Employez le bouffon comme un traître, et vous perdrez sûrement la confiance des participant.e.s, pour une scène qui fera bien plaisir à vôtre égo tordu, mais qui vous compliquera la tâche sur le long terme.

Oh et aussi, inutile d'en faire un crétin décérébré. Un trait de caractère appuyé, comme une bigoterie excessive, ou une caricature trop évidente suffisent souvent à mettre en place parmi vos participant.e.s des schémas de raisonnements qui pourront vous être bien utiles! Un élément particulièrement important du personnage absurde est qu'il passe pour plus faible que nos braves héros et héroïnes. Il est donc facile de créer un attachement émotionnel, renforçant encore la prise des participant.e.s sur le sérivers, où ils et elles ont désormais des attaches... Mais pouvant également servir le metteur/ metteuse en scènes et sa propension aux drames. 

Downton abbey, un sérivers pour CàlT!



Annonçant le renouveau qualitatif de la série british, Downton abbey est un soap opera moderne, bien que centrant son propos autour des années 1910 à 1920, et démarrant avec la catastrophe du Titanic. Avec un petit air de nostalgie pour l'aristocratie anglaise, nous y découvrons la vie d'une grande maison, mais aussi bien des personnages nobles que leurs domestiques. Downton abbey est ainsi divisé en deux univers qui se mélangent selon de très strictes conventions, et tout l'intérêt de la série est de voir les heurts et confrontations qu'engendrent des rencontres d'individus se côtoyant sans cependant jamais se voir réellement.

En tant que sérivers pour Comme à la télé, Downton abbey est un excellent espace où se confronter à deux mondes radicalement différents, pleins d'injustices et de problèmes que l'on rencontre peu lorsqu'il faut crapahuter par monts et par vaux, arborant son plus beau slip en fourrure. Ancré dans notre réalité comme peu d'autres sérivers, situé qui plus est dans une période de fortes contestations sociales, le sérivers offre une expérience de jeu inédite.

Downton Abbey Season 1 - Downton Abbey Photo (31759162 ... 

Upstairs
L'exemple de la famille aristocratique des Crawley nous offre tous les archétypes possibles pouvant être incarnés lorsque l'on décide de jouer quelqu'un de noble lignage au sein de la maisonnée. L'Upstairs désigne celles et ceux qui vivent dans les étages de la maison, chacun et chacune ayant ses propres affaires, ses propres appartements ainsi qu'au moins un ou deux domestiques attitrés.
Pour les gens de l'Upstairs, les affaires familiales prennent le pas sur toute autre considération, et si leur quotidien peut paraître oisif - il l'est pour certain.e.s - la gestion du domaine ancestral, les affaires amenant des revenus complémentaires, ainsi que la bonne gestion des gens du Downstairs prennent un temps fou, et seront autant d'amorces pour le Metteur en scène dont le principal travail sera de canaliser les activités des gens de l'Upstairs dans une région précise. En effet, contrairement à celles et ceux du Downstairs, les membres d'une famille aristocratique peuvent aisément partir en Italie sur un coup de tête, où décider de faire la tournée des tantes et cousins disséminés dans le Suffolk!
Bien plus libres de leurs actes en apparence, ceux de l'Upstairs n'en restent pas moins liés aux affaires familiales, au cœur de tous les Drames pouvant être mis en place par un Metteur en scène retors. Les affaires de successions mobiliseront toute la famille, et les intérêts personnels viendront invariablement perturber la quiétude toute apparente de la maisonnée.

GRAZING FOR GIRLS: Downton Abbey & 1912

Downstairs
Le rez-de-chaussée et le sous-sol sont les domaines des gens du Downstairs, les domestiques au service de celles et ceux de l'Upstairs. Ancrés dans la réalité environnante - souvent au contraire de leurs employeurs - ils et elles servent sans se questionner sur leur état, souvent en poste depuis des années. Mais l'époque apporte de profonds changements sociétaux, et les nouveaux employés sont autant d'éléments perturbateurs, amenant des choses exotiques comme le droit de vote des femmes, le syndicalisme, ou des folies comme l'électricité!
Les places de chacun.e incitent les autres à la jalousie, la hiérarchie est très stricte mais un mot bien placé peux très bien tout changer. Le sérivers de Downton abbey reste cependant un microcosme peu perméable avec l'extérieur, et si nous retrouverons toujours une méchante O'brien ou un complotant Barrow, les gens du Downstairs ne contestent que rarement leur position et font au contraire tout pour atténuer les tensions.
Majordome et Gouvernante sont à la tête des gens du Downstairs, ils sont le principal lien, normalement le seul lien, d'ailleurs, entre les deux mondes se côtoyant dans la maisonnée. En charge du recrutement, des assignations de chacun.e et de l'organisation logistique, ce sont les gens de confiance de celles et ceux de l'Upstairs.

Downton Abbey, Season 1 | | Masterpiece | Official Site | PBS

Les interactions entre le Downstairs et l'Upstairs forment le sel du sérivers. Ce sont deux mondes étroitement entremêlés mais ne se mélangeant d'ordinaire jamais. Qu'un Tom Branson évolue dans sa condition sociale reste une exception, dont les remous traversent d'ailleurs pratiquement toutes les saisons de la série. Il est recommandé au Metteur en scène de ne pas trop perturber l'équilibre propre à la maisonnée, chacun.e devra plutôt réagir en fonction de sa position, sans même penser à donner son opinion à celles et ceux de l'autre monde.
La série est cependant basée sur le changement, avec de nombreux mariages étant souvent la finalité d'arcs plein de drames. La contestation sociale de l'époque est également un très bon moteur à scénario, poussant ceux du Downstairs à des tentatives de révolte, tandis que celles et ceux de l'Upstairs verront cela comme d'étranges passades exotiques.

La difficulté du Metteur en scène avec ce sérivers va être d'amener des bouleversements au sein de la maisonnée, tout en rappelant à tous leur place, pratiquement immuable, avec cette conscience prononcée du statut social et de la condition. Pas évident, mais les premiers tests avec des participant.e.s ne connaissant que peu la série se révèlent très concluant, montrant encore une fois qu'il n'est nul besoin de monstre à tentacule ou d'adepte de la Force pour s'immerger dans le loisir!

Metteur/ Metteuse en scènes, dans les coulisses!


Comment devenir réalisateur? | Carrières Gagnantes

Comme nous le savons bien, un bon héros se définit d’abord par un bon méchant! Et pour jouer ce rôle, c’est le Metteur en scènes qui va se dévouer. Chargé de conter les différentes scènes, de planter le décors et de faire vivre la série, il dispose des outils nécessaires pour imposer challenges et défis aux personnages.

Le Metteur en scènes contrôle les jetons noirs, qui sont misés en opposition des jetons adverses, en vue de contrecarrer les actions des personnages. Avec une ressource limitée en fonction de l’épisode, le Metteur en scènes doit bien évaluer les points-clés de sa trame, afin de miser opportunément. Tout jeton rouge ainsi engagé réduit de -2 le score obtenu par le personnage – mais avant que les compagnons ne décident de soutenir ou non l’action – et par tranche de 3 jetons noirs, un malus supplémentaire de -2 est ajouté.

Un autre outil du Metteur en scènes est l’usage de l’Ellipse, qui permet de sauter d’une scène à l’autre, en esquivant les ingérences des personnages dans la trame. Il est cependant recommandé d’user de ce pouvoir avec parcimonie, chaque Ellipse offrant au groupe 1 jeton noir, que n’importe quel personnage peut utiliser par la suite.

Enfin, le Metteur en scènes peut décider d’employer le Deus ex machina, son plus puissant pouvoir, lui permettant de hâter l’aboutissement de son intrigue. Cette capacité permet d’aller à l’encontre même des règles fixées par la série. Dans Lost par exemple, l’apparition de la fumée noire ou de Jacob bouleversent les lois du genre survivaliste/ intrigues amoureuses/ machinations des méchants.
Attention cependant, l’usage d’un Deus ex machina offre 5 jetons rouges au groupe de personnages, que ces derniers peuvent utiliser à leur convenance.

Au Metteur en scènes de déterminer la difficulté des actions tentées par les personnages. Son but dans ce cas particulier n’est pas de bloquer le groupe, où de gâcher le plaisir des participants, mais bien d’évaluer objectivement les obstacles pouvant limiter les actions.
A titres d’exemples, voici un tableau proposant quelques niveaux de difficultés. Nous prenons en compte le fait que les personnages sont les héros de la série, et donc que des activités du quotidien n’offrent aucun challenge pour eux, sauf décision du Metteur en scènes.
Bien entendu, une action basée sur des qualifications ne pouvant pas être expliquées immédiatement par le joueur ou la joueuse échouera à coups sûrs.