Narration partagée/ Agentivité sauvage!
Le cold open, un préambule utile
Coucou les sérivores! L'ouverture à froid, plus communément nommée Cold open, est une séquence pré-générique employée pour diverses raisons, cela depuis les années 60. La plupart du temps, elle propose un résumé des épisodes précédents, bien utile pour les feuilletons et autres sagas. Un Cold open est de plus employé comme introduction à l'intrigue se développant durant l'épisode en cours, avec par exemple une présentation d'un personnage introduit par la suite, comme une sorte de mini origin story, amenant plus facilement à l'attachement. Enfin, le Cold open peut aussi ouvrir l'épisode avec une scène, une présentation et se terminer au début du générique par un pic dramatique. Deux choses se produisent ensuite; Soit l'épisode démarre dans le prolongement de son cold open, soit ce dernier montrait simplement une séquence du milieu d'épisode, qui sera ensuite reprise avec son développement.
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Et donc, comment intégrer un Cold open dans Comme à la télé? Rien de plus simple. Soit, il pourra s'agir d'une présentation de la situation initiale, présentée oralement par le/la Metteur en scènes, permettant de saisir immédiatement les enjeux, et plongeant les participant.e.s dans l'action. Soit il sera intéressant de présenter un antagoniste, peut-être encore inconnu des protagonistes, ou alors une vieille connaissance aux motivations toujours floues, mais à une autre époque. Encore mieux, les participant.e.s ne devraient pas avoir l'opportunité de saisir que cette présentation d'un personnage a priori inconnu concerne une connaissance. Ce n'est qu'en dosant les informations - un nom de lieu, de parent de l'antagoniste - qu'ils et elles devront avoir la puce à l'oreille. L'intérêt d'un tel cold open sera une mobilisation de l'attention du groupe, qui ignorera à quel moment apparaîtra le personnage concerné, ou s'il a déjà été rencontré.
Bien entendu, le/la Metteur en scènes pourra également laisser tout le travail du cold open à un.e participant.e.s! A chaque début d'épisode, la narration d'introduction sera ainsi assignée à une personne différente, encore une fois, en vue du développement de celui-ci, ou d'un autre, en lien avec des éléments qu'il ou elle souhaitera intégrer dans l'épisode. C'est un exercice que je ne recommande bien sûr pas à des novices, pouvant se perdre dans un tel développement, mais lorsqu'il s'agit de créer une série CàlT en narration partagée, le cold open devient un outil stimulant, pouvant permettre une appropriation du développement initial par tout le groupe.
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Vous connaissez toutes et tous des cold open, très courants aussi bien dans les soap que dans les séries fantastiques, voir même dans les journaux télévisés, où est présenté un sommaire. Pour les séries, ils permettent de donner le ton, de dynamiser en préparant des éléments de suspense. Et dans la majorité des films américains, ils sont désignés comme des scènes pré-génériques - celles ouvrant tous les James Bond, par exemple!
Paris police 1900... Transcrire la réalité crue.
Pour faire du jeu de rôle à la Belle époque, il existe déjà des suppléments pour l'Appel de Cthulhu, et de par chez nous, avec quelques adaptations, nous avons l'excellent Maléfice. Je donnerai plus loin quelques conseils pour y jouer avec Comme à la télé, mais il y a un point que je voulais aborder avec vous; La noirceur inhérente à notre réalité, transcrite en sérivers, sans l'équilibre gentillet hérité de ce bon vieux manichéisme.
Dans Paris Police 1900, Fabien Nury nous dépeint une époque excessivement sombre, empreinte de violence à tous les niveaux de la société parisienne. Les bonnes séries françaises savent restituer la crasse des rues comme des gens, nous sommes ici sur le dessus du panier, avec une reconstitution de Paris bien sale, et des parisiens toutes et tous plus inquiétants les un.e.s que les autres. J'imagine sans mal que la véritable violence de la série, celle à l'encontre des juifs, finira par faire une énième polémique, si utiles à nos politiciens actuels, qui réagiront sans surprise comme ceux de ce Paris Police 1900, avec tout l'opportunisme que nous leur connaissons. La série est d'ailleurs présentée comme un miroir de notre société. Bref. Bien plus que dans des shows comme Spartacus ou Game of thrones, c'est ici la noirceur d'âme des individus qui est montrée. La corruption est généralisée et bien des comportements passant pour allant de soi nous sont intolérables.
Je ne dois probablement pas bien vous vendre la série, mais il est en fait très intéressant de décortiquer les mécanismes animant un tel show. Comment maintenir les spectateurs, et par extension les protagonistes, dans un sérivers où l'espoir semble ne pas exister, et où les bons sentiments sont autant de faiblesses pouvant amplifier encore un peu plus l'injustice? Eh bien, d'un point de vue technique, le découpage est très dynamique, avec de nombreux aller-retour entre les différentes scènes, progressant toutes de concert vers des croisées amenant plusieurs interactions attendues. Surtout, si les personnages semblent souvent dénués d'humanité, ils possèdent leurs faiblesses, et malgré tout, certaines qualités. Je pense comme ça au Commissaire Cochefert, qui se montre toujours très mesuré, avouant même qu'il n'a rien d'un héros... Sauf que, comme tout bon comique bien employé, il fait les bonnes choses au bon moment. Toute la saveur de l'écriture de Paris Police 1900 vient du fait que l'on nous présente essentiellement des personnages détestables, parfaitement intégrés dans le décors sombre et violent de leur époque, pour ensuite les voir évoluer par petites touches d'humanité. On se prend à s'attacher à ceux que l'on aimait détester depuis plusieurs épisodes.
Alors oui, la politique est sale, opportuniste et sans cœur, cela nous rappellera des choses, l'antisémitisme est le principal moteur de haine, tout du long de cette série, et il n'y a même pas une forme américano-débile de justice divine pour punir tout les méchants à la fin. Malgré cela, je vous recommande vivement cette série, ne serait-ce qu'en tant qu'exercice pour vous frotter à des univers rôlistes véritablement sombres. En somme, il faut normaliser les plus basses émotions, atténuer les belles valeurs morales, moquer les actions héroïques et voilà un beau sérivers qui fera du Monde des ténèbres un univers riant! Mais attention, comme dans la série, tout cela ne doit rester qu'un vernis sous lequel subsistent des valeurs positives - même si elles seront souvent contingentées par des motivations personnelles - que les protagonistes devront régulièrement percevoir, afin d'avoir un sentiment d'espoir.
Comme indiqué plus haut, jouer dans un tel sérivers sera sûrement troublant, voir désagréable, pour certain.e.s, la violence physique est malheureusement habituelle dans les jeux de rôle, mais cette noirceur sociétale donne aisément un goût de bile, en particulier s'il faut jouer dans une société ouvertement raciste - selon nos critères - en pleine quête identitaire et politiquement instable. Honnêtement, hormis dans un cadre bien précis et pédagogique, très encadré, je me vois mal proposer une telle société comme cadre de jeu. Mais il est également important de ne pas mettre l'Histoire de côté, dans ses aspects les plus laids, sous prétexte que ce n'est pas Charlie, ou soi-disant choquant pour nos morales tellement plus élevées. Fabien Nury a fait un formidable travail de documentation sur cette époque, et la série est présentée comme un miroir de notre monde d'aujourd'hui, ce qui n'est pas particulièrement faux. Je suggère donc de suivre cet exemple en essayant de jouer dans le sérivers sombre et violent de Paris Police 1900!






