Lovecraft country, l'enfer tentaculaire, c'est les autres!

En 2020, HBO aura eu la bonne idée d'ajouter Lovecraft country à son catalogue. Adaptation du roman éponyme de Matt Ruff, le show est produit par Misha Green, Jordan Peele et JJ Abrams et nous parle de cette bonne vieille Amérique des années 50. 
Hommage au genre pulp, la série va allégrement mélanger du fantastique, de l'horreur et de la science-fiction, nous faisant suivre un groupe de personnages noirs, dans le cauchemar de la ségrégation, pas si lointaine que cela, et pouvant revenir bien trop rapidement. Nous allons également voyager dans différentes dimensions, à travers d'autres mondes et époques. L'aspect horrifique goût Lovecraft est presque anecdotique, mais en réalité, c'est pratiquement toute l'intrigue qui passe au second plan face à la dénonciation d'une époque, d'une société, de laquelle, clairement, nous ne sommes pas si éloignés que cela. 

J'avais visionné une première fois quelques épisodes de Lovecraft country, et avait justement trouvé que le propos, la dénonciation du ségrégationnisme, ne me parlait pas particulièrement, et qu'il s'agissait d'une série militante, intéressante, mais ne s'adressant pas à moi. J'y suis revenu récemment, et si le show possède quelques défauts, celui d'amener justement ses sujets avec de gros sabots, entre autre, il n'en reste pas moins intéressant pour son contenu fantastique. Les personnages ne sont pas vraiment développé, mais permettent de partir dans plusieurs directions intéressantes, comme la passionnée d'astronomie, vivant plusieurs versions d'elle-même à travers le temps. On comprendra rapidement qu'il n'y a pas vraiment de fil conducteur, que chaque personnage aurait pu avoir son épisode dédié pour plus de clarté, mais au final, tout se mélange, et rien ne va jamais bien loin. Il n'en reste pas moins que Lovecraft country est une série intéressante, justement car elle part dans toutes les directions, en donnant des perspectives intéressantes. Je l'ai revue en tant que pratiquant du jeu de rôle, et y ai trouvé mon compte, en matière de pistes à explorer. 
Je sais que la série a fait un bide, avec des critiques très virulentes sur son aspect "black live matter", mais les Lois Jim Crow sont une réalité, et nos grands-parents vivaient à cette époque, preuve en est que tout cet enfer bien réel peut très bien revenir, au nom de la sécurité, ou de la démocratie. Lovecraft country est une série maladroite, sans doute, mais son propos est à écouter.  

La petite maison dans la prairie... Des valeurs humaines avant tout!

 


Coucou les sérivores! Little house on the prairie, c'est plus de 200 épisodes diffusés à partir de 1974 par NBC, crées par Michel Landon, et avant cela, il s'agit d'une série de romans éponymes de Laura Ingalls Wilder, accessoirement, c'est un monument dans le genre de la série familiale - j'allais écrire "de la comédie familiale", mais c'est bien plus que cela - maintes et maintes fois rediffusée à travers le monde. 

L'avantage avec la Petite maison dans la prairie est qu'il n'y a pas vraiment besoin d'en faire un résumé. Tout le monde se souvient de ce générique, ou à chaque épisode, une petiote se gauffre en dévalant une colline herbeuse. C'est l'histoire, à l'origine autobiographique, d'une famille de pionniers, les Ingalls, partant du Wisconsin vers Plum creek, dans le Minnesota, sur la nouvelle frontière américaine, dans la seconde moitié du XIXème siècle. Nous allons pouvoir observer leur existence, ainsi que celles des habitants d'une petite ville frontalière, confrontés à toutes les catastrophes naturelles imaginables, tous les travers humains, mais cela, en faisant preuve des plus hautes valeurs humaines. 

Nous dirons que ce tableau dépeint dans la série, sur la vie à la frontière, est pour le moins angélique, même si le show va classiquement alterner épisodes dramatiques et d'autres plus légers. Tout le monde est bien habillé, propre et poli. C'est une série familiale, l'intérêt n'est finalement pas de montrer une réalité, pour le moins compliquée et un peu plus sale, mais plutôt de porter des valeurs positives, en lien avec la famille. Sans surprise, nous retrouvons ici le soft power américain, nous vantant ce mode de vie des Ingalls comme vertueux et idéal. Néanmoins, nous sommes dans les années 70, et malgré un "tout le monde est beau, tout le monde il est gentil", quelques épisodes mentionnent une certaine forme d'émancipation des filles, ou abordent la question de la différence culturelle et ethnique. 

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Il apparaît évident que faire jouer une session de Comme à la télé dans le sérivers la Petite maison dans la prairie ne nous plongera pas dans de folles aventures empreintes de violence et d'impasses à la mexicaine! De par sa popularité, le show sera plutôt employé pour viser son public-cible : La famille. Les messages seront simples, les défis à taille humaine et l'action tournée vers l'investigation et le dialogue. Un parfait outil de cohésion familiale.

Pour le côté technique, pas grand chose à ajouter. 8❂ suffiront amplement à définir les personnages, les spécialités seront ancrées dans l'artisanat ou le relationnel, les phrases-chocs seront des gimmicks anodins ou humoristiques. Il faut comprendre que les pionniers de Little house on the prairie ne sont en rien ceux des show modernes comme 1883, par exemple. Leurs vies sont émaillées de drames, mais d'un épisode à l'autre, tout revient à la normale, les conséquences ne sont pas énormes. Sauf lorsqu'il s'agit de coller de près aux évènements des récits de l'autrice, comme la famine ou un terrible blizzard. 

Bien qu'elle aura été employée de temps à autre, la structure en arcs narratifs est à éviter, afin d'entretenir un sentiment de légèreté, amenant pour les participant.e.s la certitude que l'affaire se règlera en fin d'épisode. Les flashbacks conservent leur utilité, mais je recommande de n'employer ni les ellipses, ni les Deus ex machina. Une session de la Petite maison dans la prairie se voudra plutôt être pédagogique, afin de mettre en lumière l'entraide et les liens familiaux, face à un monde moins complexe que la réalité, mais pouvant amener quelques défis. 


Il ne faudra pas oublier que les pires méchants dans ce sérivers sont justes bêtes ou ignorants, et qu'un peu de bonté et d'argumentation les ramènera à la raison. Criminels et indiens ne provoqueront jamais de carnage, et jouer sur la corde sensible, en essayant de comprendre pourquoi ils sont si méchants, résoudra plus sûrement la scène qu'un duel au crépuscule - parce que oui, il y a des flingues, mais ils ne servent pas à tuer

Un point intéressant serait d'incarner des enfants, un peu comme dans le sérivers Stranger things (un article ICI), afin de limiter les possibilités d'actions, tout en incitant à jouer avec une certaine candeur, mais également afin d'avoir la contrainte des Parents. 

Vous l'aurez compris, la Petite maison dans la prairie n'est qu'un prétexte afin d'appuyer, le temps d'une session de jeu, sur des valeurs morales à mettre en lumière. Sa popularité permets d'entrer facilement dans le sérivers avec des références communes, et de jouer sans violence, ce qui est aujourd'hui fréquemment demandé par les curieux et curieuses souhaitant découvrir le loisir. L'idée même de jouer la famille Ingalls fera sourire, et c'est encore la meilleure porte d'entrée vers le jeu de rôle!

Epix, une proposition de séries intéressante!

 


Coucou les sérivores! Vous devez être au courant, c'est la grosse bagarre des plateformes télévisées, cherchant à diffuser les prochains gros succès, tout en nous noyant sous un déluge de publicités et d'abonnements toujours de plus en plus coûteux. On connaît les noms de Netflix, Amazon Prime ou Apple+, mais il y en a d'autres, bien d'autres! Et dans cette offre pléthorique, il y a une plateforme, plus modeste en apparence, mais proposant depuis quelques années des séries télé de qualité. 

Epix est la propriété de trois grands studios de cinéma, Paramount PicturesMGM et Lionsgate, fondée en 2009, elle commence à proposer du contenu original à partir de 2016, en pleine guerre des plateformes. Son point fort; Des séries intéressantes, portées par des casting en or massif. Ben Kingsley, Forrest Whitaker, Adrian Brody ou encore Nick Nolte, l'artillerie lourde est de sortie! 

Je vous propose un tour rapide, uniquement des séries produites pour Epix, sans parler des co-productions comme Belgravia ou Britannia, ni des émissions télévisées, nombreuses et visiblement plutôt intéressantes. 

Chapelwaite, d'après la nouvelle de Stephen King Jerusalem's lot/ Celui qui gardait le vers, avec Adrien Brody et Emily Hampshire dans les rôles principaux. Une histoire horrifique autour d'une maison familiale hantée, une descente dans la folie d'un jeune veuf devant protéger ses enfants, des cultistes, des vampires. Du très classique Stephen King, scénarisé par les frères Filardi et réalisé dans une magnifique lumière crépusculaire. 10 épisodes et une fin dramatique. 

Autre série horrifique, plus contemporaine cette fois-ci, From, de John Griffith, nous emmenant dans une petite bourgade américaine située... Nulle part, et attirant à elle des voyageurs ne pouvant plus en sortir, sauf a priori en mourant dévorés par des spectres nocturnes, dont les survivants se protègent grâce à de mystérieux talismans. Une intrigue prenante, une galerie de personnages plutôt classique, une petite saveur à la Lost, avec des mystères apparaissant régulièrement. Une très bonne surprise pour moi, et que je vous recommande donc! Une saison 2 aurai été commandée.

Je crois bien que Berlin station fut ma première série Epix, marquant donc le début d'une belle histoire d'amour - oui, carrément - il s'agit ici d'une série d'espionnage de Olen Steinhauer, tout à fait classique dans sa forme, impliquant la CIA en Europe, avec une montée en puissance des intrigues d'une saison à l'autre, et une assez bonne gestion du développement des personnages. Si vous aimez les histoires tordues de barbouzes, vous y trouverez votre compte!

Davey Holmes aura adapté le roman d'Elmore Leonard, Get shorty, déjà produit sous forme de film auparavant, et nous proposant de suivre les pas d'un truand lassé de sa vie criminelle, et souhaitant devenir producteur de films. Le réalisateur précise qu'il s'agit plutôt d'un hommage que d'une adaptation, mais l'essence est bien là, et le show mets en lumière Chris O'Dowd. C'est de la comédie pur jus, le show ne m'aura pas laissé une forte impression mais se laisse totalement visionner.

Perpetual grace LTD est un show du genre dit néo noir, avec un casting de folie mené par Sir Ben Kingsley et n'ayant connu qu'une unique saison. L'histoire, pour résumer, d'un escroc voulant se venger de ses parents, ayant détourné l'argent des fidèles de leur église... Voilà, sauf que chaque personnage amène son lot d'intrigues et de secrets, et que le show part donc dans toutes les directions. 

Nul n'échappe à Batman! C'est l'enseignement que m'a offert Pennyworth, ne mentionnant pas le justicier de Gotham, mais nous parlant plutôt de son fidèle valet, Alfred, qui dans sa jeunesse était lui aussi un justicier, mais plutôt saveur James Bond! C'est réalisé par Bruno Heller, qui a développé Gotham, l'autre série sans Batman. Personnellement, je me suis un peu ennuyé - sur le visionnage des deux shows - mais c'est très qualitatif, bien rythmé, et l'idée de rajouter de l'espionnage dans l'univers Batman est plutôt bien pensé.


Godfather of Harlem, une série de Chris Brancato et Paul Eckstein, préquelle du film American gangster, avec Denzel. Nous découvrons ici la vie de Bumpy Johnson, truand impitoyable, mais également père de famille et pilier de la communauté afro-américaine à l'époque de Malcom X. Le casting en or massif, avec Forest Whitaker et Vincent D'Onofrio en ennemis jurés, permet une immersion totale dans ce récit violent et passionnant, où les figures publiques croisent les légendes du crime organisé. 


Visionnages en cours #01

 


Peut-être l'aurez-vous remarqué, mes p'tits sérivores, mais l'offre en matière de séries augmente de manière exponentielle, avec également la multiplication des plateformes. Difficile de choisir, car oui, s'enfermer dans sa tanière durant plusieurs jours, à visionner des centaines d'heures de séries, cela n'est probablement pas bon pour la santé, physique et mentale. 

Et donc choisir des séries! Oui mais comment? Il y a quelques années, HBO et AMC étaient mes plateformes de prédilection, cela réduisait fortement le nombre de shows, mais l'arrivée de Netflix, d'Amazon ou encore d'Apple+ ont ramenés les quantités de séries à des chiffres élevés. Seconde option, le casting. Un Josh Brolin ou un Samuel L Jackson en tête d'affiche aura plutôt tendance à rassurer, même si désormais, nombreux et nombreuses sont les gens du cinéma à vouloir briller dans une série taillée sur mesure. Bien entendu, certaines thématiques sont privilégiées, mais avec Comme à la télé et ma professionnalisation en tant que meneur de jeu, il me faut a minima être au courant des sérivers que pourraient me commander des client.e.s, cela ne doit jamais devenir une corvée - comme le visionnage d'épisodes de Flash, par exemple - et fort heureusement, majoritairement, les nouvelles séries gagnent en qualité. Pas le choix face à une concurrence tout simplement pléthorique.

Bref, avec Visionnage en cours, je vous ferais un rapide résumé de ce que je regarde, ou dois visionner prochainement. 

Ma plus grande attente va à Outer range, sur Prime. Une série de Brian Watkins avec Josh Brolin et Lili Taylor, en couple dans un ranch du Wyoming, sur les terres duquel un étrange puit plein de brumes apparaît. Série fantastique portée par les épaules d'un Josh peu causant. Je vous en dirai plus prochainement.

Tokyo vice, sur Canal+ est une série tirée de la biographie d'un journaliste américain, qui dans les années 90 intégra un grand quotidien japonais, et plongea dans le monde du crime organisé. Une série de JT Rogers avec Ansel Elgort, Ken Watanabe et Rachel Keller.

Les derniers jours de Ptolemy Grey, sur AppleTV, de Walter Mosley et donc avec Samuel L Jackson, nous montre le cheminement d'un homme de 91 ans, frappé de démence, soigné grâce à un remède miracle lui permettant pour quelques jours de retrouver sa lucidité. Il va mener une enquête abandonnée il y a bien longtemps.

That dirty black bag est un western moderne sur AMC, de Mauro Aragoni, avec Dominic Cooper, mais malheureusement aussi avec Travis Finmel, qui pour le moment à tendance à me faire fuir les shows où il apparaît. C'est brutal, sanguinolent, le premier épisode m'a beaucoup plu.

Our flag means death, de David Jenkins, avec Rhys Darby, Taika Waititi et Rory Kinnear, sur HBO. C'est de la comédie américaine bien lourde comme je n'aime pas, cette fois-ci sur un thème de piraterie. C'est étrange comme ce genre venant de ce pays ne parvient plus à me divertir, voir même souvent à me mettre mal à l'aise, avec des répliques éculées et des archétypes tellement lourds. Mais bon, à voir.

Infiniti, saupoudrer sa sf de mysticisme.

 


Décidément, je ne cesse d'être agréablement surprit par les séries françaises, en particulier celles osant cheminer sur les thématiques fantastiques. Ici avec Infiniti, une série en six épisodes réalisée par Thierry Poiraud, également aux manettes de l'autre très bonne série Zone blanche, nous découvrons ce qui, pour simplifier, est présenté comme un thriller de science-fiction. Bien entendu, les choses vont évoluer pour offrir un show très original, avec un dernier épisode vraiment surprenant. 

Avec comme ouverture un terrible accident à bord de l'ISS, nous basculons en mode film catastrophe à l'américaine, mission de sauvetage en urgence et mise en avant de l'ingéniosité humaine. Sauf que ce n'est pas un film américain, les intervenants sont internationaux, et l'essentiel de l'action se déroulera au Kazakhstan, au cosmodrome de Baïkonour. En parallèle, nous aurons une enquête sur des morts atrocement mutilés, non loin du centre spatial, avec très vite, l'identité d'une victime; Anthony Kurz... Actuellement à bord de l'ISS en perdition. 

Le mélange des genres pourrait être indigeste, il se marrie très bien ici, avec un soupçon d'espionnage, d'épopée spatiale et d'enquête sur fond de corruption. Et pour expliquer le titre de l'article, il faut également ajouter un peu de zoroastrisme, avec un prophète un peu particulier, et en quelque sorte, des prises de têtes fréquentes. C'est ce côté mystique, toujours en filigrane, qui va nous faire douter tout du long du show, sur la nature des évènements, les motivations des personnages. Le scénario se focalise sur certains protagonistes, détournant l'attention d'autres, nous guidant brièvement sur de fausses pistes. 

Mention Bien pour le casting international, dont le surprenant Daniyar Alshinov, un acteur kazakhe jouant un flic blessé, et finalement, faisant le job jusqu'au bout. J'ajoute que beaucoup de décors sont tout simplement sublimes, avec les vastes étendues arides du Kazakhstan, comme les décors de l'ISS, amenant un peu de claustrophobie.

J'avais déjà noté cette propension des réalisateurs français à employer des éléments fantastiques dans des séries aux genres ancrés dans le réel, déjà dans Zone blanche, mais surtout, pour rester avec une thématique sf, dans la série Mission. Là encore, bien que moins finement, on oscillera un moment sur la vraie nature du show. 

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Pour la technique dans CàlT, pas vraiment de directives à donner, mais plutôt un modèle à suivre, afin de dérouter les protagonistes. Utiliser une mythologie, réelle ou inventée, afin de toujours semer le doute sur la nature de l'aventure; Jouons-nous bien dans le sérivers de Derrick, ou est-ce Teen wolf? Facile à dire, mais particulièrement difficile à doser, pour obtenir un résultat respectant le propos de départ. Par exemple, plutôt que tout déballer genre culte chtulhien omniprésent, pourquoi ne pas lié l'aspect religieux au passé d'un protagoniste, retrouvant des choses sombres durant son enquête, liées à son passé et ne pouvant donc que difficilement être partagées avec ses compagnons. Pourquoi ne pas inclure un site de fouille archéologique aux découvertes controversées, juste à côté d'un projet de base spatiale? Les possibilités sont nombreuses, et il faut également prendre en compte que, pour beaucoup, la science est perçue comme une religion, et l'on sait ce qu'il se produit lorsque deux courants religieux se croisent. 

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Je vous recommande donc vivement le visionnage des six épisodes d'Infiniti, une série étonnante, très bien réalisée, avec cependant un rythme peut-être un peu lent. Une excellente surprise, et si vous souhaitez partager des idées autour du concept de mysticisme à inclure dans un contexte sf, n'hésitez pas à m'en faire part en commentaire! 

La Tragédie, pour faire souffrir les gens!



Héros et héroïnes de séries télés souffrent, beaucoup, souvent, mais gagnent toujours à la fin! Dans Comme à la télé… la souffrance est également bien là, la certitude de victoire en fin d’Épisode beaucoup moins!

Lorsqu’un personnage doit subir les actions d’un ennemi et que survient un différentiel de 5 points en sa défaveur, un Drame survient. Il s’agit d’un jeton noir bloquant l’une de ses trois capacités et lui infligeant un malus de -4. Deux Drames infligés à un même personnage dans un même Épisode amène une Tragédie, souvent une mort tragique, ou plus précisément, la mise à l’écart du héros ou de l’héroïne jusqu’à l’Épisode suivant. Tragédie = Mort… Mais l’univers des séries s’accommode plutôt bien de cette fatalité, et hormis durant une Saison, où ils pourront être frappés par une Grande tragédie, les personnages devront se consacrer à leur retour fracassant de l’Épisode suivant!

Narration partagée/ Agentivité sauvage!


Un récent article sur l'incontournable site PTG/ PTB titré "comment tuer l'ogre quantique" a bien utilement synthétisé une partie de ma pensée concernant l'agentivité des participant.e.s dans mes propositions de sessions rôlistiques, et plus particulièrement pour CàlT. Alors, je précise que ma perception de la liberté d'action est toujours un vœu pieux, et que seul.e.s quelques novices osent s'emparer de l'univers afin d'y évoluer plus librement, tandis que mes vieux et vieilles briscard.e.s continuent à subir le sadisme retors de leur Metteur en scènes.

Je vous encourage vivement à vous pencher sur l'article en lien plus haut, il donne quelques pistes afin de ne pas commettre de grossières erreurs en cours de jeu, de celles qui gâchent réellement le plaisir. 
Concernant plus précisément Comme à la télé, je le mentionne à chaque début de session; Le sérivers que NOUS allons explorer ensemble est autant aux participant.e.s qu'au Metteur en scènes. J'encourage mes camarades de tablée à influer activement sur l'environnement, à s'approprier des rôles secondaires, des figurants, jusqu'à décider d'eux-mêmes quoi faire. Et je ne leur parle pas ainsi pour ensuite avoir tout l'après-midi de libre, à siroter des cocktails en ricanant depuis la pièce voisine, entendant leurs aventures en totale roue libre. Non. Mon souhait est bien de partager la narration avec mes camarades, de créer un réel échange dynamique, plutôt que de devoir continuellement les guider dans un environnement sur lequel ils et elles n'ont aucune prise, ne veulent aucune prise, et au sein duquel ils et elles rebondissent d'une rencontre à l'autre. Cela ne me plaît pas, où plutôt, cela ne me plaît plus. Je pratique le loisir depuis quelques décennies, et durant longtemps, la notion de maître du jeu tout puissant ne me questionnait même pas. Mais depuis une dizaine d'années, depuis que j'accueille des novices, je sens bien que les intrigues à tiroirs, les univers riches et complexes, les coups fourrés et surtout, les pavés de règles, tout ceci éloigne les gens du jeu de rôle. Oh bien entendu, avec l'expérience vient une méthode douce pour introduire toutes ces choses, mais l'explosion du jeu dans la culture pop, la gamification professionnelle, et tout simplement le soi-disant manque de temps font que les potentiels nouveaux et nouvelles rôlistes sont un peu plus sensibles à ce qu'on leur propose, et sentent souvent venir le fameux troll quantique à des kilomètres. 

Bref. Je ne cacherai pas que mon approche actuelle du jeu de rôle est surtout égoïste. Je veux être surpris, je veux avoir de véritables défis, et laisser mes compagnons prendre une partie des rênes de la narration me plaît bien. Mais qu'est-ce donc que cela veut-il bien dire? Tout simplement que pour la plupart des questions posées par les participant.e.s durant la partie, c'est bien à eux d'y répondre. "Est-ce que je connais une top-modèle spécialiste en physique nucléaire?", "Où se trouve le plus gros dépôt d'armes de la ville?", "Connaissons-nous un groupe capable de tenir tête à ce roi fou?", ce sont là des questions que je ne souhaite plus entendre, et à leur place, je veux des affirmations, des certitudes, des adresses. Et je veux aussi de la crédibilité! 


Oui car j'ai bien conscience que cette manière de faire est loin d'être évidente, tout particulièrement pour des novices. Je sais bien que l'imagination est un muscle un poil atrophié dans cette société, et que ce fichu quotidien n'aide pas les gens à rêver, à puiser de l'inspiration. J'entends ou lis trop souvent que celles et ceux qui viennent découvrir le jeu de rôle ne veulent pas se prendre la tête, que c'est au maître du jeu de faire le boulot en offrant du pré-mâché, cela avec l'inévitable répétition du "oui, le jdr, c'est bien, mais c'est compliqué". Je sais bien que l'arrivée dans le loisir est pour le moins perturbante, mais l'expérience de la narration partagée, l'appropriation du sérivers, même avec de simples petits détails pour démarrer - "je cherche une voiture... J'en vois une plus loin" - cela renforce le plaisir, le décuple, comme la dégustation d'un bon pécorino au poivre bien affiné (oui, à ce point). 

Les participant.e.s ont peur. Peur de mal faire, de ne pas avoir bien compris les tenants et aboutissants du sérivers, voir, du jeu de rôle en général. C'est une émotion difficile à contrebalancer, particulièrement lorsque nous échangeons avec des inconnus, que nous ne reverrons probablement pas ensuite. Malgré les discours d'ultra-positivisme bien marketés, tout est fait pour générer cette peur au quotidien, et dans le cadre d'un loisir comme le jeu de rôle, elle apparaît rapidement, et je pense que c'est au Metteur en scènes de l'atténuer avec les outils à sa disposition, et plus simplement avec une mise en confiance dans un univers imaginaire. L'intérêt est évidemment double; Le ou la participant.e prendra confiance dans ses actes, et viendra ainsi nourrir le sérivers avec des choses personnelles - d'accord, le sérivers est souvent nourris à coup d'actions stupides - pour moi il s'agit là du fondement du jeu de rôle, l'idée d'utiliser son imaginaire afin de se grandir. 


Je titre agentivité sauvage, et recherche réellement cela. Les intrigues que j'aurai pu développer pour la session passent au second plan, je préfère largement que mes participant.e.s s'amusent dans des délires qui leurs sont propres, plutôt que devoir sans cesse les guider dans des aventures auxquelles ils et elles n'entraveront rien. Cela étant, j'ai conscience qu'une telle méthode nécessite une dose importante d'improvisation. Cela s'apprend, se développer, et le premier pas reste bien celui de lâcher cette manie du tout-contrôle. Ce que je recherche, ce sont des interactions déstabilisantes, des situations imprévues, improbables, qu'il me faudra régler de manière crédible. Avec l'expérience, je me rend compte que bien peu d'imaginaires osent déborder dans le jeu, mais je ne désespère pas, et savoure par avance le moment où mes camarades me laisseront sans voix, rebondissant les uns les autres sur leurs idées farfelues en créant eux-mêmes de nouveaux épisodes. Là, je pourrai aller siroter mes cocktails en toute quiétude.

Jetons noirs, pour prendre les rênes de l'épisode!


Comme à la télé fonctionne selon le principe du transfert de dangereux jetons employés initialement par le Metteur/ Metteuse en scènes afin de donner force aux antagonistes, contrecarrer les efforts des participant.e.s, et il faut bien l'admettre, souvent rien que pour embêter ces derniers! Les jetons noirs tombent ainsi dans l'escarcelle de nos héros et héroïnes, qui peuvent par la suite les dépenser en bonus durant des scènes d'anthologie. Mais comme il est possible pour le Metteur/ Metteuse en scènes de simuler des effets cinématographiques grâce à ces jetons, il en va de même pour les participant.e.s, qui oublient négligent trop souvent leur capacité à prendre le contrôle de la scène. 

L'Ellipse, pour aller à la scène suivante
Si le Metteur/ Metteuse en scènes ne dépense que 1 jeton noir pour activer cette capacité, les participant.e.s devront pour leur part en défausser 3. Le pouvoir de l'ellipse reste cependant le même, à savoir sauter à la scène suivante, bien entendu à l'avantage de l'initiateur ou initiatrice. Face à une trop grande aisance d'action démontrée par nos héros et héroïnes, il sera tout à fait possible de conclure une scène d'évasion ou de bagarre en sautant directement à leur capture, menant à une scène d'interrogatoire. Bien entendu, une certaine cohérence doit être respectée, la scène interrompue n'aura menée à aucun dénouement favorable pour l'adversaire, mais si ce dernier avait pensé à cacher un détonateur sous sa casquette, celui-ci sera toujours disponible après l'ellipse... 
Il faut noter que, de par sa puissance, l'ellipse doit toujours donner un moyen de le contrecarrer à celles et ceux devant le subir. Dans l'exemple plus haut, probablement que les captifs auront été fouillés avant la scène de l'interrogatoire, mais un gardien aura très bien pu négliger cette fichue casquette. Je rappelle en effet que l'idée de jouer dans les sérivers implique quelques entorses à la plus élémentaire des logiques, et que le réalisme est plutôt à oublier. 

Il est possible que certains sérivers aux règles internes bien spécifiques - je pense à Dirk Gently, holistic detective - l'emploi d'une ellipse amène de vraies ruptures entre les deux scènes. De tels procédés doivent évidemment rester rares, réservés à des sérivers bien particuliers. Rien de plus perturbant en effet que de subir une succession illogique affectant la moindre action, et le bon déroulement d'un épisode.


Le Flashback, la collecte facile d'informations
Réservé aux participant.e.s, le flashback coûtera 2 jetons noirs et permettra de sortir de la scène en cours pour s'évader vers le passé de l'un d'entre eux/elles afin de se remémorer quelques pratiques souvenirs, par exemple d'une précédente rencontre avec un bad guy, ou du lieu où avait été enterré un objet qui s'avèrerait fort utile dans le présent. Oui, le flashback est un outil puissant permettant de débloquer bien des situations, il peut en outre être employé pour renforcer temporairement une valeur personnelle de +1 jeton, inspirant le/la participant.e qui trouve de la force dans son passé, le temps d'une scène promettant d'être riche en émotion. Attention cependant, si le flashback ainsi employé peut sembler bien commode, il se verra soumis à une rapide approbation de l'ensemble des participant.e.s, qui estimeront si l'intensité dramatique du retour dans le passé est suffisante.


La Narration extérieure, pour rajouter des points de vue
Encore une capacité réservée aux participant.e.s! La narration extérieure leur permet, en dépensant 3 jetons noirs, de décrire les actions d'un protagoniste extérieur à la scène. Avec un "pendant ce temps, à Vera Cruz", il leur est donc possible de préparer une future scène, a priori sans rapport avec leurs propres affaires, mais pouvant être rattachée, soit par eux-mêmes, soit en offrant une piste exploitable par le Metteur/ Metteuse en scènes. 
En nourrissant l'intrigue grâce à la narration extérieure, les participant.e.s s'offrent des opportunités et se voient récompensés par des retours, souvent indirects, mais devant être pris en compte dans l'épisode. Bien entendu, plus le personnage extérieur sera éloigné des préoccupations immédiates du groupe, moins les effets de cette capacité seront évidents. Mais, par exemple, la narration extérieure peut être employée pour décrire une scène précédente concernant uniquement un antagoniste secondaire en train de menacer le groupe avec une arme, et dans laquelle il aura très bien pu oublier de charger cette dernière. 

Le Deus ex machina, pour conclure
Pour 5 jetons noirs, soit souvent la moitié de ses ressources, le Metteur/ Metteuse en scènes peut amener un Deus ex machina dans l'épisode. Ce dernier est clairement le plus puissant outil à sa disposition, et il est fréquent que la structure et les règles du sérivers en soient durablement affectées. On pensera ainsi à l'apparition de la fumée noire ou de Jacob dans Lost, donnant à la série une orientation toute autre, affectant tous les belligérants. 
Il peut s'agir d'à peu près tout et n'importe quoi, faisant une entrée fracassante dans l'épisode, que cela soit un personnage sensé être mort, une révélation sur un élément central, une soucoupe volante ou une voiture qui parle. Son intervention aura tendance à conclure l'épisode sur un cliffhanger, un moment dramatique avec musique adaptée. Le Deus ex machina n'est donc pas à employer sur un épisode isolé mais plutôt dans le développement d'une série complète, en gardant bien à l'esprit que son usage ne doit pas être improvisé, mais plutôt mûrement réfléchi.


From dusk till dawn, un sérivers pour CàlT!



Coucou les sérivores! Aujourd'hui, j'avais envie de dépeindre une petite série pas trop finaude, avec beaucoup d'action pas trop planifiée, des gens qui ont souvent chaud, des vampires mexicains et du ketchup, énormément de ketchup. 
Adaptation du film From dusk till dawn, de Robert Rodriguez, Robert Kurtzman et Quentin Tarantino, la série éponyme est également crée par le premier, et approfondira toute une mythologie de buveurs de sang nés à l'époque précolombienne et se perpétuant dans une atmosphère très différente de ce à quoi nous sommes habitués dans le genre. Diffusée par la chaîne El rey (appartenant également à Robert Rodriguez), nous pourrons la voir sur Netflix. 

Trois saisons pour développer une intrigue ne faisant pas dans la finesse, cela peut paraître beaucoup, et si les scènes sanglantes semblent devoir se multiplier à l'infini, nous découvrons une société vampirique intéressante, nourrie de mythes et légendes à base de serpents et de rituels anciens. Nous suivons les frères Gecko, Seth et Richie, qui de braqueurs de banques vont devenir centraux dans les conflits opposants plusieurs clans de narco-trafiquants/ vampires, ils auront au passage entraîné avec eux les membres de la famille Fuller, et attirés l'attention de Santanico Pandémonium... Bon, j'imagine que vous avez toutes et tous vu au moins le premier film - le seul méritant un visionnage - la série pour sa part est un condensé de violence, de sang et de sexe. On aimera, ou pas. L'univers ainsi développé est bien entendu plein de clichés, de défauts, mais la très grande galerie de personnages vampiriques et humains permet de creuser des intrigues, parfois sur les trois saisons du show. Attention, je ne dis pas que c'est du Westworld ou du Watchmen côté densité et profondeur, mais tout de même, avec un postulat de départ plus que léger, From dusk till dawn offre un spectacle tout à fait appréciable, et un sérivers pour Comme à la télé bien sympathique! 


Les humains
Dans le sérivers de From dusk till dawn, les humains servent généralement de repas pour les culebras, ils ne pèsent jamais lourds face à ces prédateurs, et ne sont que prétextes pour des scènes sanglantes. Malgré cela, l'essentiel des prophéties employées comme fils conducteurs dans le show permettent de distinguer quelques héros et héroïnes, liés à de lointains ancêtres, toujours par le sang donc, ou incarnant des fonctions précises. Dans CàlT, une idée d'aventure sera donc de former un groupe dont les membres seraient liés par une telle prophétie, remontant par exemple à l'époque des conquistadors, et d'amener régulièrement des révélations sur des agissements autrement incompréhensibles d'ancêtres.
A noter que si les culebras sont généralement très bourrins, ils semblent pouvoir sentir ces élus, et hésiteront donc souvent à les attaquer. Comme dans Vampire, la Mascarade, la piétaille surnaturelle ne pèse pas très lourd face aux héros et héroïnes, mais les culebras plus anciens, ici nommés les Neufs seigneurs, chercheront à employer utilement de tels mortels exceptionnels, pour leurs petites affaires millénaires - en général se tirer dans les pattes -

Les culebras
Les buveurs de sang mexicains sont divisés en clans chapeautés par les Neufs seigneurs, adoptent pour la plupart la structure des cartels qu'ils contrôlent, et pour faire honneur à la passion de Robert Rodriguez pour le ketchup, sont vraiment de gros bourrins. Comme très souvent dans ce genre de série, leur puissance est étrangement variable, et il est possible d'inclure ce navrant travers lorsque l'on souhaitera créer un groupe de culebras pour CàlT! Attention cependant, la majorité des personnages culebras restent très dangereux, peu importe leur degré de puissance physique. Beaucoup sont anciens et disposent donc de connaissances, aussi bien pragmatiques que mystiques. Il faut d'ailleurs savoir que la magie dans From dusk till dawn reste caractéristique des séries de notre époque (Charmed, Supernatural, Van Helsing), elle n'a que des applications basées sur l'action, la violence et le combat.
Donc oui, il est tout à fait envisageable de mettre en scène des aventures à la Vampire avec une saveur épicée, mais ce sérivers se prêtera plutôt à de l'action pure, légèrement saupoudrée d'intrigues anciennes et mystérieuses. Les culebras sont de formidables adversaires, ils restent cependant décrits comme dotés d'émotions humaines, d'ailleurs souvent exacerbées. Il faut préciser également que, hormis Santanico Pandemonium, ici incarnée par l'étourdissante Eiza Gonzalez, et dans le film par la non moins sublime Salma Hayek, la notion de sexualité outrancière reste à un niveau raisonnable, les culebras, contrairement à leurs contreparties européennes donc, n'en possèdent pas moins de puissantes émotions humaines, mais toujours corrompues par le pouvoir en eux.


En termes de jeu, les humains possèderont 10 jetons à répartir et seront surtout liés par une prophétie leur conférant des connaissances ou indices à des moments clés. Le Metteur/ Metteuse en scènes devra prendre en compte cette destinée singulière, souvent tragique dans la série, et forcir le trait durant les affrontements, l'exécution de plans plus ou moins ingénieux, et en particulier appuyer sur les relations entre personnages, mais surtout entre leurs ancêtres.
Les culebras disposeront de 12 points et pour une caractéristique au moins à 6, bénéficieront d'un pouvoir surnaturel classique; Vitesse supérieure, endurance aux objets magiques, régénération rapide. En outre, ils possèderont des sens surdéveloppés et une très haute résistance aux armes ordinaires. Ils abritent en eux un serpent, leur octroyant leurs pouvoirs, et comme pour les autres créatures vampiriques, sont sensibles au soleil et à l'arrachage de cœur.

Prenons ce sérivers pour ce qu'il est; Une occasion de jouer avec les codes du vampire dans un contexte de truands, de narco-trafiquants et de mythologie pré-colombienne!

Le Arrowverse, amours et crossovers!


Bon, gros morceau que ce Arrowverse, regroupant l'ensemble des séries de la chaîne CW, tirées d'une multitude de comic books de chez DC comics! On en pensera ce que l'on veut, mais ce regroupement de séries connectées offre l'un des plus vastes et riche sérivers connu, équivalent dans ce format du gargantuesque Marvel cinematic universe. Bon alors d'accord, c'est très mauvais, les personnages sont monolithiques, les scénarios toujours les mêmes, l'ensemble suinte de bons sentiments venant directement du service marketing, nous dirons pour être aimable que les effets spéciaux sont rapidement bouclés. Oui, tout cela est vrai. Malgré tout, le Arrowverse offre un très joli cas d'école pour nous pencher sur de nombreuses techniques scénaristiques, celle du crossover n'étant pas des moindres! 

Je ne vais pas vous faire l'historique du Arrowverse, qui logiquement démarre avec l'adaptation de Green arrow en 2012, rajoute Flash en 2014, Vixen en 2015, puis Legends of tomorrow, l'intégration de Supergirl, transférée de chez CBS, et l'arrivée de Batwoman. Bref, beaucoup de héros et héroïnes, beaucoup de saisons pour développer un univers excessivement riche, et une quantité conséquente de télévision à ingurgiter. Tout cela pour des résultats pour le moins mitigés, il est vrai, mais tant bien que mal, ces séries évoluent de manière assez classique, accumulant chacune des personnages, des arcs narratifs, ainsi que du fonds. Les crossovers sont annoncés longtemps en amont, afin de préparer les fans, ils s'appuient toujours sur des comic books ayant fait de grosses ventes, et s'amorcent à travers les cliffhangers des séries impliquées. Même si la qualité et l'ampleur de ces évènements restent très en-deça du matériau de base, évidemment pour des raisons budgétaires, ils n'en sont pas moins des pivots affectant généralement la trame de l'ensemble du Arrowverse, et offrent autant d'occasions de renforcer une certaine mythologie, très populaire aux US. Concrètement, malgré des traitements un peu légers, les crossovers du Arrowverse donnent vie à tous les grands arcs narratifs de ces dernières décennies, et même traité par CW, quelque chose comme Crisis on infinite earths résonne dans l'imaginaire de toutes et tous les fans de comic books.

Le panthéon DC à la sauce CW
Ok, avant d'aborder les crossovers du Arrowverse, deux ou trois mots concernant la transcription des héros et héroïnes mythiques de chez DC comics dans des séries clairement destinées aux teenagers. Avant tout, il y a des romances. Pleins. Tout le temps. Le dosage se doit d'être subtil, une belle histoire pleine de drames, de tensions et d'émotions pouvant rapidement basculer dans la plus absurde mièvrerie. Et j'avoue que dans le Arrowverse, la bascule est trop souvent faite. La faute, entre autre cause, à un rythme trop rapide. Le cahier des charges doit être excessivement difficile à gérer, les crossovers rassemblant les plus gros taux d'audience, il faut amener toutes les séries au même point à une période donnée, tout en donnant de la consistance aux différents protagonistes. Car oui, individuellement, les séries de CW se ressemblent toutes dans leur structure narrative, les épisodes se suivent et se ressemblent, mais il y a malgré cela des fulgurances passant pour honnêtes, des émotions poignantes rattrapant presque à elles seules des shows autrement sans grand intérêt. 
La formule des séries CW est bien rôdée, jouant sur le fan service avec des personnages ou des équipes mythiques, comme l'apparition de la Justice society of America ou des membres de la Légion. Le soufflet retombe généralement bien vite, mais il faut bien admettre que pour les passionné.e.s de l'univers DC, de telles annonces titillent la corde sensible. Je n'en ai clairement pas une très bonne opinion, mais il me faut admettre que la formule choisie par CW est bien raccord avec la tentative de DC de s'offrir la création d'un véritable panthéon mythologique sur grand écran. Les fameux crossovers permettent d'ailleurs de magnifier les personnages durant des arcs majeurs, et en ce sens, le Arrowverse réussi à nous présenter des moments épiques, des affrontements entre des êtres pratiquement divins, voir même quelques instants de tension dramatique tout à fait plaisant.
Ce côté dramatique, qui aurait dû caractériser DC dans ses tentatives cinématographiques, se dilue tristement dans de l'ordinaire chez CW, il faut cependant bien reconnaître qu'il est bien présent, donnant une raison de s'intéresser à son cas.



Le Crossover super-héroïque
Technique scénaristique impliquant la convergence d'arcs narratifs d'ordinaire sans lien, tournant autour d'antagonistes parfois adversaires, parfois parfaits étrangers, le crossover est depuis longtemps devenu une tradition dans l'univers des comic books, et se transpose ainsi très bien dans les sérivers, particulièrement ceux des amateurs et amatrices de slip par-dessus les vêtements. Oui, la série Defenders de Netflix/ Marvel est bien une tentative de crossover entre leurs héros et héroïnes, mais cet autre rassemblement de personnages s'est encore plus enlisé, scénaristiquement parlant, dans une sorte de marasme particulièrement désagréable, avec en prime une annulation de ses shows, pour cause de Disney.
Dans le Arrowverse, la notion de crossover a rapidement vue le jour, impliquant une rapide multiplication des personnages tirés des comic books, cela afin de pouvoir offrir un équivalent en terme d'envergure et de narration épique. Oui parce qu'un Crisis on infinite earths avec seulement Green arrow et Flash, c'est plutôt léger. L'arrivée des Legends of tomorrow libère d'ailleurs des moyens et accroches pour tenter des choses de plus en plus ambitieuses. Malgré des moyens limités, ou mal employés, le Arrowverse devient une énorme machine dont tous les arcs prévoient dès le départ de converger vers ces évènements marquant, qui ramèneront d'entre les morts personnages secondaires et méchants, bouleverseront la trame du Temps, et provoqueront ruptures ou réconciliations. Oui car je le rappelle, le Arrowverse est à 50% composé de romances compliquées, à 50% de fin du monde, et à 10% de choses épiques. La formule est servie par la majorité des chaînes continuant à proposer des saisons à rallonge de leurs séries, préférant la mobilisation de leur audience sur de longues périodes plutôt que sur des arcs plus courts, concentrant le drama et l'intensité. C'est regrettable, en particulier pour le genre super-héroïque qui tourne très vite en rond avec ses personnages monolithiques et l'unique solution à leur disposition; la bagarre. Mais encore une fois, le Arrowverse de CW a fait du crossover sa spécialité, amenant l'ensemble de ses castings vers des évènements cataclysmiques, à coup de grandes annonces et d'introduction de personnages mythiques provenant des pages de comic books. Oui, la chaîne dispose d'un vivier pratiquement illimité pour nourrir son vaste univers étendu, et sait parfaitement bien s'en servir, se permettant même de surfer sur les tendances, comme en ce qui concerne l'introduction de Batwoman. Le network aura d'ailleurs l'intelligence de ne pas commettre la même erreur que DC face au succès des films du MCU, cherchant à imiter sans succès une formule inadaptée à leurs héros et héroïnes. Le Arrowverse est souvent très kitch, mais possède son identité propre, avec ses versions de toutes les grandes figures mythologiques, comme Superman. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, les crossovers cimentent ce vaste ensemble, le nourrissant de tensions dramatiques et de méchants tellement méchants!