Quand les politologues regardent des séries

Ce sera mon introduction pour la nouvelle édition de Comme à la Télé, mais Bruno Cautrès et Virginie Martin (qui avait déjà écrit sur le sujet, article par ICI) viennent de nous proposer tout un ouvrage, de plus de 250 pages, aux éditions du Cerf, avec toute une myriade de plumes décortiquant l'objet populaire qu'est la série télévisée. 

Car oui, au-delà du divertissement abrutissant et tout à fait chronophage, la série télé à depuis longtemps dépassée son rôle d'interlude entre deux plages publicitaires, les habitudes de consommation évoluant avec l'émergence de plateformes spécialisées, les rythmes de vie se lissant à travers le monde, offrant une manne à quiconque souhaite influencer des sociétés et comportements à grande échelle.
 
Nous voici donc avec un puissant outil de soft power, en mesure d'influencer pour le compte de quelques puissants milliardaires, nous faisant admettre inconsciemment que leur techno-solutionnisme mortifère est génial, de gouvernements, cherchant à redorer l'image de leur pays, et plus simplement, ces séries d'un genre nouveau restent les reflets d'idéologies politiques, portées par les plateformes qui les diffusent, les producteurs, et parfois même leurs réalisateurs. 
Et dans le même temps, les séries télévisées amènent de la réflexion, sur un plan bien plus personnel que le cinéma son grand frère. On visionne souvent nos séries seuls, et les idées qu'elles peuvent véhiculer infusent de manière intime. De fait, même si dans nos sociétés occidentales, de trop nombreuses communautés sont toujours jugées minoritaires et se voient discriminées, le plus souvent grâce à une inertie bien commode du régalien, les séries peuvent montrer ces mêmes minorités, les mettant en lumière, faisant passer le message d'une normalité globale, atténuant l'invisibilisation. 

Bien entendu que l'on ne résoudra rien grâce aux séries télé, mais ces dernières restent donc un formidable outil à double tranchant, porteuses de tous les messages possibles et imaginables, pouvant servir à endormir les masses, à leur faire accepter l'inacceptable, comme en devenant les bases de pédagogies amenant à la prise de conscience face au monde tel qu'il est, et qu'il devrait être. 

Un très bon bouquin donc, décortiquant de nombreux show, souvent cantonnés à la sphère occidentale, alors que le même phénomène se retrouve bien entendu en Corée, en Chine et partout ailleurs dans le monde. En tout cas la base d'une bonne soirée d'échanges autour du sujet! 

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